Jamais rassasiée, toujours à l’affût de nouvelles expériences musicales, la cellule enquête de {tr/pr} ne sait pas pourquoi… mais elle sentait qu’il ne fallait pas louper l’évènement qui se tenait hier soir (19/11) au café de la danse à Paris : le concert d’Aufgang.

En arrivant dans le passage Louis Philippe à quelques minutes de l’ouverture des portes, la longueur de la file d’attente en dit déjà beaucoup sur l’excitation que suscite l’évènement. La première partie est assurée par Rone, du label d’Agoria (Infiné), plébiscité par toute la presse spécialisée. Il est accompagné de Gaspard Claus au violoncelle. Le duo nous livre un live d’une demi-heure où les nappes et kicks sourds distillés par les machines de Rone se marient à merveille avec les frottements et pincements de cordes de son compère. Une mise en bouche douce, classe et harmonieuse. Vient ensuite le plat de résistance…



                                                                  Aufgang, 2/3 Pour resituer Aufgang est un projet fou initié au festival barcelonais Sonar en juin 2005. Lors d'une soirée dans une galerie, Jeff Mills et l'un des programmateurs du festival assistent à un récital du pianiste Francesco Tristano. A la fin, celui-ci rejoint est par Rami Khalifé et tous deux se lancent dans une interprétation débridée de The Bells. Jeff Mills s'enthousiasme et le programmateur fait son travail... Rassemble les forces et prévoit un concert… Chauffé à blanc après cinq nuits de répétitions intensives, le duo devenu trio avec Aymeric Wastricj (batteur de formation) livre une performance explosive et suscite l'enthousiasme d’un public averti. 4 ans plus tard, le trio sort enfin son premier album éponyme.


                                 Francesco Tristano, les mains dans le cambouis

Revenons au café de la danse, il est 21h, un piano à queue de chaque côté de la scène relié à des laptops, une batterie au milieu, 3 éphèbes  (comme notre ministre de la culture aurait pu les appeler) entrent sur scène. Dès les premières notes, la magie opère, d’un côté Francesco Tristano caresse les touches de son piano, de l’autre Rami Khalifé les percute de manière épileptique, au milieu le batteur des concerts de Cassius se laisse le choix : il donne le tempo ou agrémente leurs expérimentations sonores. Il nous faut quelques minutes pour comprendre d’où viennent les sons et distinguer ce qui est électronique de ce qui est acoustique. Au bout de plusieurs morceaux on se rend compte également que le concept médiatique mélange de musique électronique et classique est beaucoup trop réducteur. Les influences jazz, pop, hip hop, rock, techno claquent et remettent à zéro toutes les idées préconçues. Ici le piano est pensé comme une machine, il faut voir les 2 virtuoses, ouvrir leur piano et taper la table d’harmonie pour réaliser à quel point les possibilités de leur combinaison sont infinies. Les morceaux s’enchaînent, sans que nous ne frôlions à aucun moment l’indigestion. Aux douces harmonies succèdent de longues envolées. Car le concept de montée propre à la techno possède ici sa propre interprétation. Le trio s’appuie sur des silences aiguisant la tension ambiante, puis multiplie les notes y ajoute des sons, avant que l'apothéose ne s’impose. Le public laisse transparaitre la diversité des sentiments que la musique d’Aufgang suscite. Certains dansent, d’autres sont assis contemplatifs,  attentifs, mais l’ovation qui ponctue chaque morceau en dit long sur ce qui unit toute la salle… L’impression d’assister à un concert d’actualité et d’avenir, fruit d’une ouverture totale à tous les styles. 20 ans après la chute du mur, bonne nouvelle, les frontières continuent de s’effacer grâce à la musique... ce trio franco-libano-luxembourgeois en est la preuve vivante !

                                                          Aufgang, 3/3


http://www.myspace.com/aufgangsonar


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